Le printemps de Charlemagne

Évangiles d’Aix-la-Chapelle, Portrait des quatre évangélistes  – v. 820 – Enluminure sur parchemin – 30,1 x 23,3 cm – Trésor de la cathédrale d’Aix-la-Chapelle

Cette enluminure venue du lointain Moyen Âge est le fruit d’une époque florissante. Ce printemps intellectuel et culturel des IXe et Xe siècles, appelé Renaissance carolingienne, est initié sous l’empereur Charlemagne – l’inventeur de l’école – qui, comble de la bizarrerie, savait lire… mais pas écrire. Cette page provient de la bibliothèque de son palais d’Aix-la-Chapelle d’où quelques-uns des ouvrages enluminés les plus admirables nous sont parvenus. Ces trésors, élaborés dans des scriptoria, ateliers monastiques, ont surtout fleuri en terres française et alémanique.

La production de manuscrits enluminés est caractéristique de cette période. Chaque scriptorium, qu’il soit de Reims, Tours, Metz ou Saint-Gall, cultivait son propre langage selon sa zone géographique. Ainsi, les ateliers recomposaient en un style propre les apports artistiques venus des quatre vents : influences romaine, byzantine, celtique ou franque étaient mélangées en un genre nouveau, singulier, souvent touffu et chatoyant.

La peinture sur parchemin – c’est-à-dire sur peau – reste la plus emblématique. Cette technique se développa pour pallier le papyrus, plus fragile en milieu froid et humide et plus sensible à l’attaque chimique de la peinture. Les cuirs de chèvre et de mouton étaient principalement utilisés à cet effet mais les parchemins les plus nobles, les plus courus – appelés vélins – étaient issus de peaux d’agneaux ou de veaux mort-nés. Les couleurs, à base de pigments plus ou moins précieux, étaient liées à du blanc d’œuf, de la gomme arabique, de la graisse animale ou de la gélatine de poisson.

Cette enluminure d’une incroyable modernité a plus de mille ans d’âge. La fraîcheur des couleurs est troublante avec ses somptueux dégradés bleu-vert. Sa touche énergique, presque haletante lui donne un air juvénile. La révélation de cet art préroman, d’une étonnante vivacité, renverse une fois de plus le mythe d’un Moyen Âge obscur, ignare et cruel, que certaines mauvaises langues se sont plu à diffuser à des fins de propagande. La vérité est que l’on découvre avec émerveillement, un peu plus chaque fois, combien cette période fut féconde et avancée à tous points de vue et dans tous les domaines.

 

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